jeudi 21 août 2008

Pour les difficultés en ÉCR, les enseignants seront les premiers blâmés (Dossier CRIFPE, prise 3)

Tout porte à croire que les enseignantes et les enseignants qui seront chargés du nouveau cours Éthique et culture religieuse en septembre prochain n’ont pas reçu la formation adéquate pour ce programme. Le constat que nous livre le dossier du dernier bulletin Formation et Profession (du CRIFPE) trouve une confirmation très claire et bien appuyée avec le dossier paru dans Le Soleil les 26 et 27 juillet 2008 sous la plume de la journaliste Daphnée Dion-Viens. (Les articles sont d’ailleurs reproduits sur le site Infobourg.)

Mais s’il survient des problème dans les écoles concernant le programme Éthique et culture religieuse (et plusieurs personnes bien avisées le prévoient), qui tiendra-t-on responsable? Il y a fort à parier que la responsabilité sera attribuée à l’enseignante ou à l’enseignant en classe. En quelques mots, voici pourquoi.

On ne peut s’empêcher de penser que les responsables au Ministère et au palier local se montreront très réticents à rappeler le manque de temps et de ressources pour l’implantation, de même qu’à souligner les difficultés inhérentes au programme dont les finalités prometteuses ne s’appuient pas sur toutes les précisions conceptuelles et pédagogiques nécessaires. D’ailleurs, comme ce fut le cas avec l’appropriation du «renouveau pédagogique», les gestionnaires ont parfois jugé que des enseignants exprimaient des réticences simplement parce qu’il avaient «peur du changement».

Le blâme tombera sur le personnel enseignant aussi et surtout parce que le programme exige d’adopter une nouvelle «posture professionnelle» et que la plupart des situations problématiques pouvant survenir en classe seront facilement reliés à une carence au plan de cette «posture professionnelle» fondée sur «un jugement empreint d’objectivité et d’impartialité»… Et comme le recours à la «posture professionnelle» semble avoir servi d’expédient aux difficultés de clarification pédagogique des composantes officielles d’un programme d’études, le personnel enseignant a à assumer, dans ses manières de réagir et de se comporter, les lacunes et les incohérences que mettra à jour l’application concrète du programme dans des classes «ordinaires», bien différentes de celles qui ont vécu l’expérimentation. Les enseignants ne retrouvent pas dans le programme lui-même ce que signifie cette «objectivité» et cette «impartialité» en classe, de sorte qu’ils ont à en déduire eux-mêmes la teneur et les applications. Leur bonne volonté ne pourra suffire à les disculper des soupçons de comportements arbitraires devant tel ou tel cas litigieux pour les élèves, pour leurs parents et même pour tout groupe religieux ou convictionnel visé. Les responsables scolaires pourront toujours alléguer un manque au plan de la «posture professionnelle» comme cause du problème…

Dans leur empressement à produire et à implanter le programme, un détail a échappé aux responsables : on ne change pas de «posture professionnelle» comme on change de chemise. C’est une entreprise de longue haleine, liée à la formation professionnelle dans ses dimensions psychosociales, qui s’étend sur des années, selon les spécialistes de cette question. Alors, prévoir dans le «kit» d’appropriation du nouveau programme le développement d’une nouvelle posture professionnelle, comme si l’opération pouvait être réalisée avec quelques jours de formation, tout en faisant de cette «posture» un paramètre incontournable de la mise en œuvre du programme, tout cela tient plus du rêve que du réalisme.

D’ailleurs, les auteurs du dossier du CRIFPE expriment ouvertement les grandes difficultés à adopter cette posture professionnelle exigée. Ainsi, pour Suzanne Rousseau, de l’UQTR, «Prétendre que des savoirs limités puissent garantir une posture d’objectivité, voire de neutralité est un leurre». De son côté, Mireille Estivalèzes, de l’Université de Montréal, énonce que « la posture impartiale semble un objectif difficile à atteindre. Pour certains enseignants, le changement de posture demandé constitue parfois une véritable reconversion…» Sans cette «posture», faut-il le rappeler, le programme risque de produire des résultats contraires à ceux recherchés!

Autre facteur important, les enseignantes et les enseignants ne pourront compter sur leurs syndicats pour les défendre en cas de «pépins». Ces derniers se sont débattus, particulièrement depuis les États généraux de l’éducation en 1995 et à chaque consultations depuis, pour compléter la laïcisation du système scolaire en enlevant l’enseignement religieux confessionnel. Le cours ÉCR que nous avons aujourd’hui se présente comme l’ultime et incontournable étape. Alors, que personne ne vienne compromettre la réalisation de cet objectif «historique». Comme le souligne Jean-Pierre Proulx dans le dossier, les responsables syndicaux semblent maintenant satisfaits que le programme soit implanté et se montrent peu loquaces sur les conditions de réussite à respecter. On se souviendra que le président de la CSQ, Réjean Parent, déclarait en décembre dernier ne pas douter que les enseignants seraient tout à fait prêts pour enseigner le programme ÉCR en septembre 2008. Il faisait alors appel à leur professionnalisme : qui osera mettre sa parole en doute?

Dans les circonstances, il est fort possible que plusieurs titulaires du primaire restreignent énormément le temps consacré à ce programme, pour éviter des problèmes de tous côtés… On ne pourra leur en vouloir d’éviter le plus possible les inconvénients d’un programme difficile à appliquer, peu adapté aux élèves et pour lequel ils sont encore en attente de formation. Si jamais des élèves de leur groupe obtenaient une exemption pour des motifs de liberté de religion et de conscience, ils n’auraient sans doute pas à être retirés ni longtemps, ni fréquemment!

Nul ne peut en douter, même s’ils ne sont pas les premiers responsables de la situation, les enseignants seront les premiers blâmés : ils sont pris dans le système et ne peuvent plus refuser. Ils sont présumés avoir été consultés et préparés adéquatement. Qui les défendra en mettant en cause le programme, avec «sa lourdeur et les défis qu’il constitue» (Suzanne Rousseau), ou en pointant les piètres conditions de formation et de mise en œuvre?

En définitive, la réaction des parents insatisfaits et inquiets, jusqu’à demander l’exemption pour leur enfant, représente peut-être la seule chance de manifester clairement que le programme, malgré ses promesses et l’enthousiasme de certains, comporte des problèmes jusqu’ici tenus dans l’ombre mais qui exigent d’être considérés avec soin. C’est peut-être de cette manière, en prenant en compte lecontexte réel d'application du programme, que l’on aidera les enseignants et les enseignantes à agir avec tout le professionnalisme dont ils sont capables.

mercredi 20 août 2008

Le dossier du CRIFPE de nouveau accessible

Le récent bulletin du CRIFPE, Formation et Profession, portant sur le programme Éthique et culture religieuse, est enfin de retour sur le site d'origine.Un document révélateur à bien des égards que nous avons tous avantage à lire et à discuter. C'est pourquoi le présent blogue y va de quelques bilets.

mardi 12 août 2008

L’université devient-elle perméable aux questions des parents?

Il y a un certain temps, j’avais découvert un site tenu par des étudiants de l’UQAM : «F.E.C.R. Formation Éthique et Culture Religieuse». J’avais d’ailleurs suggéré ce site sur mon blogue. Mais je ne voyais pas de développement. Heureusement, on a ajouté du nouveau ces derniers jours. Il s’agit d’une mention des positions de parents sur le nouveau programme commun et obligatoire. On y retrouve même l’excellente vidéo d’une rencontre d’information de la CLÉ déjà sur YOUTUBE.

«Bien que tombant souvent dans l’extrême, le fondement de leurs points de vue est pertinent, car la question fondamentale de leur malaise est celle-ci: Est-ce que le cours de ECR est neutre? À méditer!», peut-on lire.

Alors que les universitaires ont très peu parlé des attentes des parents par rapport à l’enseignement en matière religieuse, et que ceux qui l’ont fait ont plutôt jugé inopportunes, voire «rétrogrades», les appréhensions des parents, voici que ces étudiants manifestent une ouverture à la préoccupation fondamentale quant à la «neutralité» effective du programme… Pour moi, c’est une première (que l’on me renseigne si je me trompe)

De quoi étendre et enrichir le débat sur la question. Une histoire à suivre.

jeudi 7 août 2008

Georges Leroux mise sur une signification du dialogue absente du programme ÉCR (Dossier du CRIFPE, prise 2)

Le récent bulletin du CRIFPE, Formation et Profession, porte sur le programme Éthique et culture religieuse. Comme c’est le cas pour chaque dossier, il présente le compte rendu d’une rencontre avec un témoin privilégié du domaine. Des questions furent donc posées au professeur Georges Leroux, qui a collaboré de près à l’élaboration du programme.

Parmi les explications apportées par le réputé philosophe qui est intervenu à maintes reprises sur le sujet, peu de choses vraiment nouvelles, si ce n’est sur la question du dialogue.

On se rappellera que ce thème fait l'objet d’une compétence disciplinaire («pratiquer le dialogue») sensé faire le lien entre les deux autres («réfléchir sur des questions éthiques« et «manifester une compréhension du phénomène religieux»). Mais, de toute évidence, le dialogue tel que véhiculé par le programme est de nature plutôt rationnelle et philosophique et l’on peut douter qu’il puisse nourrir le développement d’une culture religieuse authentique. J’ai fait état de cette difficulté dans mon billet «Les limites du dialogue argumentatif en ÉCR» http://ethiqueetculturereligieuse.blogspot.com/2008/02/les-limites-du-dialogue-argumentatif-en.html

Voulant résumer les principales composantes du programme, Georges Leroux en vient à apporter des distinctions sur le dialogue que le programme ne fait pas et à défendre la valeur du programme sur la base de ces ajouts. Il expose ainsi que les volets «éthique» et «culture religieuse» ne font pas appel au dialogue de la même manière, ce dont nous pouvons nous douter facilement mais dont le programme n’a aucunement tenu compte. Voici un extrait de l’entrevue :

«Le dialogue qui est commun à toutes les entreprises de ce cours n’a pourtant pas tout à fait le même sens en éthique et en culture religieuse : un dialogue en éthique est d’abord une recherche commune d’un consensus ou d’une décision, pour élaborer un point de vue et déterminer une réponse collective correcte à un problème. Le dialogue est alors constructif; c’est par lui que s’élaborent non seulement la démarche, mais la réponse à la question. Dans un dialogue authentique, les partenaires doivent être prêts à renoncer à ce qu’ils considéraient au départ comme des certitudes, si l’échange les amène dans cette direction. Tel n’est pas le cas du dialogue dans une démarche de culture religieuse : il s’agit alors d’apprendre d’abord à écouter l’autre, à le reconnaître dans sa singularité, pour ensuite le respecter et développer avec lui une relation harmonieuse et sereine. Le dialogue sur les questions religieuses ou séculières, qui sont à cet égard des domaines identiques par leurs bases de convictions, ne peut donc se proposer les mêmes perspectives critiques ou dialectiques que dans le domaine éthique. Le programme incitera donc les jeunes à comprendre les deux grands types de dialogue : le dialogue constructif, dont la forme suprême est la délibération commune, et le dialogue de respect, dont la forme ultime est la reconnaissance.» (Les caractères gras sont de nous)

En fait, le programme ne parle que d’un type de dialogue, soit celui convenant à l’éthique, selon la perspective ici présentée par Leroux. Pour s’en convaincre, il suffit de lire la description de la compétence et de ses composantes, ainsi que les critères d’évaluation et le contenu de formation. Tout est centré sur l’organisation de sa pensée, les points de vue exprimés, les conditions favorables et défavorables à la qualité des échanges en classe, etc. Les sessions de formation n’ont présenté que ce type de dialogue et le matériel didactique approuvé doit impérieusement s’en tenir à ce qui est déterminé dans le programme officiel.

Par ailleurs, si l’idée du professeur Leroux avait été retenue lors de l’élaboration du programme, il se poserait un grave dilemme à chaque fois qu’un thème abordé suscite des questions à la fois du côté de l’éthique et du côté de la culture religieuse, et cette éventualité risque d’arriver souvent puisque le programme suggère de préparer des situations d’apprentissage et d’évaluation qui mettent en interactions plus d’un thème et qui développent, si possible, les trois compétences disciplinaires. Imaginons le problème du choix du type de dialogue lorsque les deux volets sont en jeu : partager le temps entre le «dialogue constructif» et le «dialogue de respect», alterner de type à chaque cas, demander aux élèves d’opter pour l’un ou l’autre type de dialogue, tirer au sort, se fier à «l’instinct professionnel», faire un mélange des deux?

Décidément, cette remarque sur le dialogue révèle la fragilité de la structure même du programme. Au plan conceptuel, un des principaux défis que devait relever le nouveau programme Éthique et culture religieuse consistait à fonder et à articuler les deux volets rassemblés dans un programme dorénavant non confessionnel. Et comme solution, avec le dialogue, on semble n’avoir rien trouvé de mieux que de reporter le problème aux «usagers» du programme (soit aux enseignants et aux élèves, mais surtout aux enseignants) : le développement de la compétence du dialogue permettrait de parvenir, comme par enchantement, à la synthèse de l’éthique et de la culture religieuse. Plus besoin de se morfondre à définir les choses dans un programme d’études débarrassé du «paradigme de l’enseignement» puisque les «situations d’apprentissage et d’évaluation» comptent sur les capacités émergentes des élèves. Le Comité-conseil des programmes d’études, dans son avis d’approbation en janvier 2007 (p.3s), avait toutefois maintenu qu’il faudrait expliciter davantage les liens entre les deux volets, affirmant «qu’en l’absence des assises qui sous-tendent ce regroupement, le travail visant à favoriser le développement des compétences de manière conjointe sera difficile pour le personnel enseignant». Malheureusement, la version finale n’apporte aucune autre explication à cet effet … Faute de combler cette dangereuse lacune dans le programme, divers expédients seront utilisés sur le terrain, au risque de porter préjudice au développement de l’un ou l’autre des volets. Au risque également de susciter des mésententes, voire des affrontements, qui auraient pu être évités.

Si la compétence sur le dialogue, qui est appelée à servir de «socle» aux deux autres, s’avère plutôt bancale, que peut-on attendre comme résultat de l’ensemble de ce programme d’études? Même si l’on compte parfaire la préparation du personnel enseignant après le début de son application en septembre 2008…

mardi 29 juillet 2008

Selon des formateurs universitaires en Éthique et culture religieuse, les enseignants ne seront pas prêts (Dossier du CRIFPE, prise 1)


Dans le dernier numéro de son Bulletin «Formation et Profession», le Centre de recherche interuniversitaire sur la formation et la profession enseignante consacre un dossier au nouveau programme Éthique et culture religieuse, qui sera obligatoire en septembre prochain dans toutes les écoles primaires et secondaires du Québec. Rappelons que le CRIFPE, une institution des plus respectées en sciences de l’éducation, édite cette publication (http://www.formation-profession.org/) pour «favoriser le transfert des connaissances entre les milieux de pratique et la recherche» : même s’il remplit d’abord un rôle de vulgarisation et d’échange entre toutes personnes intéressées, ce bulletin n’en demeure pas moins hautement crédible, ne serait-ce que par le statut des auteurs qui y collaborent.

Le lecteur ne sera pas surpris que l’on y reprenne tous les espoirs véhiculés par le nouveau programme par le biais de ses diverses composantes. Il s’agit d’un exposé déjà connu qui a le mérite de rappeler les motifs et le contexte des décisions gouvernementales en la matière. Donc, hormis quelques éléments de réflexion sur le programme, rien de nouveau dans l’argumentaire centré sur l’importance d’outiller la jeune génération face à notre société vue avant tout comme marquée par le pluralisme et la diversité religieuse et idéologique. Bien que plusieurs questions soulevées méritent d’être examinées avec une grande attention (ce que nous ferons sur ce blogue), le présent commentaire se limitera à mettre en lumière une donnée factuelle cruciale dont témoigne clairement le dossier.

La principale information que nous devons retenir de ce dossier, c’est que les enseignants et les enseignants qui seront responsables de cette matière en septembre 2008 n’auront pas la formation (ou la compétence) nécessaire pour bien appliquer ce nouveau programme, pour être en mesure d’aménager et de faire vivre des apprentissages significatifs et durables.

Dans l’exposé éditorial, le professeur Jean-Pierre Proulx, «rédacteur délégué», postule que «la formation des quelque 26 000 enseignants du primaire et de plus de 8 000 du secondaire sera, au mieux, minimale, malgré les efforts qui sont menés cette année» (en 2007-2008). Si la formation est ici jugée «au mieux, minimale», c’est dire que dans plusieurs cas particuliers, voire la majorité, la formation n’atteindra pas ce stade qui permette de maîtriser suffisamment le domaine, d’intervenir avec une assurance convenable en suscitant l’indispensable confiance des élèves, des collègues et des parents… Plus loin, la contribution de deux universitaires associées à la formation des formateurs d’enseignants s’avère très éloquente sur le déficit de préparation des enseignants qui seront chargés de ce programme. Leurs observations, livrées avec sincérité, proviennent d’un travail sur le terrain, couvrant alors une bonne partie du Québec, soit l’Île de Montréal, la région de Laval, des Laurentides et de Lanaudière et la région Mauricie–Centre-du-Québec. Expliquant les diverses modalités mises en œuvre et les démarches entreprises pour parvenir à former le personnel enseignant, les deux professeures ne peuvent s’empêcher de signaler la précarité des résultats.

Ainsi, Mireille Estivalèzes, de l’Université de Montréal, en vient à dire qu’il «est évident que ni les nouveaux enseignants ni ceux qui sont déjà en fonction n’auront complété leur formation à temps. Ils ne seront donc pas complètement prêts pour la rentrée de septembre 2008». Pour elle, «la question essentielle qui se pose donc est celle du temps qu’il faudra nécessairement consacrer à une formation de qualité des enseignants, notamment en formation continue. Ce temps ne paraît pas toujours suffisant et son manque engendre une certaine pression sur les formateurs et les enseignants. Certains maîtres du primaire en activité ne disposent que d’une journée dans l’année [2007-2008] pour se familiariser avec le programme, ce qui est insuffisant.»

De son côté, Suzanne Rousseau, de l’UQTR, livre un article au titre des plus significatifs : «La formation des enseignants : le défi d’une génération». Déplorant le manque de ressources allouées, elle mentionne que «les 45 heures offertes aux enseignants-formateurs [sur les premiers thèmes] et déjà considérées insuffisantes par tous ont été réduites à une journée et demie» par la suite… Forte de son expertise, elle fait état de difficultés majeures, telles que des «carences importantes sur le plan des savoirs pertinents, tant en éthique qu’en culture religieuse, la complexité de la formation au dialogue au niveau tant de la maîtrise du contenu que de l’évaluation, notamment aux premiers cycles du primaire», la préparation quasi irréalisable de «situations d’apprentissage et d’évaluation» qui traitent à la fois deux ou trois compétences disciplinaires, alors que cette approche promue par le renouveau pédagogique n’est pas encore assimilée par le personnel…L’auteure évoquera même en conclusion que c’est seulement lorsque des jeunes qui auront suivi ce programme depuis l’élémentaire s’inscriront à un baccalauréat en enseignement que nous pouvons espérer disposer enfin d’enseignants réellement aptes en Éthique et culture religieuse…

Pour assurer la réalisation des apprentissages visés, le programme exige que le personnel enseignant adopte la «posture professionnelle» appropriée. L’expression fait référence au besoin d’ouverture à l’échange avec les élèves, d’objectivité et d’impartialité dans ses propos, d’engagement dans une communauté de recherche, etc. Selon les auteurs du dossier, le développement de ces attitudes indispensables «ne va pas de soi chez les enseignants». Si l’acquisition des connaissances nouvelles représente un défi accessible en y consacrant temps et efforts, ce dont les enseignants sont habitués lorsqu’ils sont chargés d’un nouveau programme (quitte à meubler ainsi une partie des vacances), il en est tout autrement en ce qui concerne cette «posture» qui fait appel à des habiletés psychosociales et communicationnelles. Il faut admettre qu’enseigner un autre programme de français ou d’histoire pour quelqu’un qui travaille déjà dans cette discipline ne constitue pas un défi de taille comme en ÉCR. Dans ce dernier cas, en plus des connaissances à s’approprier sur les diverses religions, il importe aussi de développer des aptitudes personnelles quant à la manière d’aborder les questions d’éthique et de culture religieuse et surtout quant à la manière d’amener les élèves à pratiquer le dialogue tel que promu par le programme. Sans cette «posture professionnelle», les élèves risquent non seulement de rater les compétences disciplinaires escomptées, mais aussi de faire la malheureuse expérience de situations à l’inverse de ce que promeut le programme : non-respect des personnes et de leurs positions, ancrage de préjugés à l’égard de tels types de croyants ou de non-croyants, banalisation du fait religieux et des questions éthiques, repliement sur ses opinions personnelles au lieu d’une maturation conceptuelle des questions religieuses et morales…

Le constat du manque de formation révélé par le dossier du CRIFPE ne peut laisser indifférent, d’autant plus qu’aucune évaluation globale n’a été rendue publique par les responsables ministériels ou autres. Il ne faut pas s’étonner que des parents qui suivent de près ce qui se passe à l’école redoutent les effets possiblement nuisibles sur le développement de leurs enfants et sur leurs perceptions de la religion et de l’éthique. Peu importe que l’on partage ou non le caractère obligatoire et le contenu du programme, les conditions de sa mise en application en septembre prochain ne sont guère rassurantes au chapitre la qualité de l’éducation.

Roger Girard

lundi 28 juillet 2008

Du CRIFPE, le DOSSIER DE L’ÉTÉ sur l’ÉCR

Que ceux et celles qui craignaient qu'aucun nouveau document étoffé ne paraisse sur l’ÉCR pendant l’été se rassurent : le CRIFPE (Centre de recherche interuniversitaire sur la formation et la profession enseignante) a publié un dossier sur le programme dans son dernier bulletin. Jean-Pierre Proulx, qui en a été le «rédacteur délégué», nous en a fait l’annonce sur le blog du RAEQ. En voici le sommaire :

Éditorial – Augmenter le capital culturel du Québec en matière d’éthique et de culture religieuse (Jean-Pierre Proulx, UdeM)

Dossier - Le programme d’éthique et de culture religieuse (présentation par Jean-Pierre Proulx)


Orientations et enjeux du programme d’éthique et de culture religieuse (Rencontre avec Georges Leroux, UQAM)

Au primaire, les élèves sont-ils trop jeunes? (Pierre Lebuis, UQAM)

La crainte du relativisme est mal fondée (Daniel Weinstock, UdeM)

La formation des enseignants : le défi d’une génération (Suzanne Rousseau, UQTR)

Pour les enseignants, un programme aussi déstabilisant que stimulant (Mireille Estivalèzes, UdeM)

Trois enseignantes et un étudiant témoignent – Des expériences exigeantes mais heureuses (Propos recueillis par Jean-Pierre Proulx)


Rappelons que le CRIFPE se présente comme le «meilleur centre de recherche en éducation au Canada, comme en témoigne le prix Whitworth remis par l’Association canadienne de l’éducation le 11 octobre 2005». Si le contenu du présent dossier réfère à beaucoup moins de données «scientifiques» que la plupart des 40 dossiers antérieurs, il constitue tout de même un exposé des plus crédibles sur l’état de la situation et sur les éléments marquant du programme eu égard à la formation des enseignants dans ce nouveau programme aux multiples espoirs et aux non moins nombreuses difficultés…
Publié en ligne (http://www.formation-profession.org/), le bulletin Formation et profession rejoint des milliers de lecteurs au Québec et aussi dans le monde. Mais actuellement, le site est en reconstruction… J’ai fait des démarches pour avoir des détails sur la date de remise en fonction et sur la possibilité de maintenir accessible le texte intégral du dossier, mais sans résultat jusqu’à maintenant. Si la panne demeure et que vous voulez obtenir certaines parties du dossier que j’ai sauvegardées, je pourrai vous les transmettre : envoyez-moi un courriel. ( 31 juillet: j'ai mis en ligne le dossier en format Word, avec des défauts de mise en page, mais lisible...)
J’ai pris connaissance du dossier : en plus de donner un portrait de la situation de la formation des enseignants dans une bonne partie du Québec, il témoigne des questions qui semblent cruciales pour le personnel enseignant et aussi pour tous les autres intéressés. Je livrerai certainement mon analyse et mes réflexions dans quelques billets prochainement. Il sera intéressant de voir si ce qui est exprimé représente également la vision des autres intervenants (universitaires, ministériels, etc.).

Si vous voulez faire connaître votre réaction, le présent blogue est à votre disposition. Tout le monde en profitera.

vendredi 11 juillet 2008

Les photos présentées

Jusqu'à maintenant, les photos utilisées pour agrémenter le blogue provenaient de la collection de Jean-François Girard. Je n'avais malheureusement pas trouvé le moyen de livrer ce renseignement avec les images... Celle d'aujourd'hui est cependant de moi, prise au Château de Versailles. Un élément architectural d'un autre âge, mais combien significatif!

Roger Girard